« Transmettre le souvenir des témoins de l’époque aux générations suivantes »

En mémoire aux victimes de la Shoah aura lieu le 8 avril 2021, à Genève, une commémoration ayant pour thème « La Shoah, l’enfance et l’espoir ». Responsable du comité d’organisation et président de Yad Vashem Suisse, Joel Herzog, interviewé par la FSCI, évoque le souvenir de la Shoah et s’exprime sur les défis actuels et à venir.

Le 8 avril 2021 aura lieu, à l’occasion de Jom HaShoah, la commémoration annuelle des victimes de la Shoah, une cérémonie intitulée « La Shoah, l’enfance et l’espoir », lors de laquelle Francine Christophe témoignera de ce qu’elle a vécu à l’époque de la Shoah. Née à Paris, déportée au camp de concentration de Bergen-Belsen à l’âge de dix ans, cette femme de lettres française a fait de l’épreuve qu’elle a vécue le sujet de plusieurs livres et donne régulièrement, devant des publics de jeunes, des conférences lors desquelles elle raconte son histoire. Transmise en direct de Genève à partir de 18h30, cette commémoration est l’œuvre du « Comité intercommunautaire pour l’organisation de Yom HaShoah », dont le responsable, Joel Herzog, est le président de Yad Vashem Suisse. Interviewé par la FSCI, il évoque la Shoah et les souvenirs qui s’y rattachent.

En quoi des commémorations de ce genre contribuent-elles à la préservation et à la transmission du souvenir de la Shoah ?

Elles concourent, d’une part, à pérenniser la Shoah en tant qu’objet de la mémoire et de la commémoration et à empêcher qu’elle ne devienne une simple péripétie de l’histoire parmi tant d’autres. Elles ont, d’autre part, une fonction éducative. Nous cherchons toujours à associer des jeunes aux événements que nous organisons, de manière à ce que, à travers eux, le souvenir de la Shoah se transmette de génération en génération.

Francine Christophe témoigne de ce qu’elle a vécu, de ce qu’il lui est arrivé à l’époque de la Shoah. Ces témoins qui, comme elle, donnent la mesure de ce qu’était l’horreur, se font malheureusement de plus en plus rares. Comment, sans eux, parviendrons-nous à faire vivre le souvenir de la Shoah ?

Il est important de transmettre les témoignages de l’époque à la génération suivante. C’est ce que font des initiatives telles que Yad Vashem ou l’USC Shoah Foundation créée par Steven Spielberg. Cette fondation enregistre avec des témoins et des survivants de la Shoah des entretiens audiovisuels qui conservent les souvenirs qu’ils en ont. Ces moyens techniques, ainsi que certaines formes d’art, aident évidemment à perpétuer le souvenir.

Quel est aujourd’hui le degré de conscience que la population garde de la Shoah ?

Il existe dans la population un certain degré de conscience, mais un degré que j’estime insuffisant. Je suis donc très heureux que l’idée, toute récente, d’un mémorial national à la mémoire des victimes du national-socialisme ait trouvé un si large soutien. Il conviendrait toutefois qu’un tel lieu ne se résume pas à un monument et qu’il soit conçu comme un site dédié à l’éducation et à la transmission.

Qui dit transmission dit surtout enfants et jeunes. Comment faut-il s’adresser à eux ?

Ce n’est pas si simple. Il existe des enregistrements de témoins ainsi que des moyens technologiques. L’enseignement est beaucoup plus audiovisuel aujourd’hui qu’hier. Ce sont des possibilités dont il faut se servir. De mon temps, l’éducation avait pour outil le livre. C’est en lisant Primo Levi, Elie Wiesel, Samuel Pisar et quelques autres que nous avons appris ce qu’a été pour eux la Shoah. J’espère très fort que ces livres seront également lus par les générations à venir. Malheureusement, je n’en suis pas certain. D’autant plus grand est le besoin d’imaginer de nouvelles approches, de nouveaux contenus.

Il y a de nombreuses années que vous vous engagez pour que le souvenir de la Shoah ne se perde pas. Qu’est-ce que cela vous a appris ?

Les années nous ont permis de mieux faire connaître la Shoah à un vaste public. Le système éducatif joue à cet égard un rôle central, car c’est là que commence la lutte contre l’antisémitisme. J’ai toujours tiré de mon engagement pour une culture du souvenir une grande satisfaction.


«La Shoah, l’enfance et l’espoir» - jeudi, 8 avril 2021 à 18h30.

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