Le journal d’un Likratino – jour 1

C’est aujourd’hui ma première journée de Likratino à Davos. Formé au projet d’été de Likrat Public, je vais aider à faire le lien entre la population locale et les juifs en vacances dans les Alpes grisonnes. Je me demande ce que cela va donner.

Aujourd’hui, ma destination est Davos, dans les Alpes grisonnes. À peine descendu du train, m’accueille un majestueux paysage ayant les Alpes pour imposante toile de fond. Les montagnes se dressant de part et d’autre de la large vallée, leurs sommets se trouvent fort éloignés les uns des autres. Et je me demande aussitôt à quel point peut être éloignée l’idée que les habitants de la vallée et les touristes juifs se font les uns des autres. S’il existe un projet d’été Likrat Public, ce n’est sans doute pas sans raison.

Premiers entretiens

Le COVID-19 donne aussi le ton en montagne et pèse lourdement sur le nombre de visiteurs. La destination Davos Klosters n’espère pas plus du tiers des vacanciers juifs accueillis en 2019. Il pleut et, chose inhabituelle, les gens ne s’attardent guère à flâner dans les rues. Arrivé à l’office du tourisme, je dresse avec mon co-équipier Dani une table d’info sur laquelle nous disposons les brochures décrivant le projet. Voyant une femme s’en approcher, je pense tenir là l’occasion de mon premier entretien, mais elle me coupe aussitôt la parole : « Ça fait 36 ans que je viens en vacances à Davos, ne vous fatiguez pas à m’expliquer de quoi il s’agit. Je vous ai vus à l’œuvre l’année dernière. » Oui, vraiment, c’est « une très belle initiative » que celle-ci, me dit-elle résumant d’un mot le projet d’été de Likrat.

Une autre femme regarde de plus près les brochures. Et la conversation s’engage une nouvelle fois. C’est d’un air un peu agacé qu’elle écoute les explications de Dani. Au mot « juif », la voilà qui fronce les sourcils. Ni le sujet ni la culture ne semblent l’intéresser. Mais peut-être avons-nous tout de même réussi à éveiller tant soit peu sa curiosité.

Les Grisonnais à l’image de leurs montagnes

Ma première journée de Likratino touche à sa fin. Les sommets des montagnes grisonnes que j’ai vus à mon arrivée me viennent alors à l’esprit. La relation qu’ils ont les uns aux autres ressemble, me semble-t-il, à celle qu’entretiennent les vacanciers juifs et les gens du cru. Tout dépend de la façon de l’envisager. S’agit-il de deux sommets différents, s’élançant en hauteur séparément, ou, au contraire, d’une seule et même masse rocheuse dans laquelle sont taillées les deux chaînes parallèles entre lesquelles la vallée fait comme un trait d’union ? Auquel cas les Likratinos et les Likratinas seraient comme la vallée, qui relie entre elles les deux chaînes. Si déplacer et rapprocher l’un de l’autre les deux massifs serait à coup sûr au-dessus de leurs forces, rapprocher les uns des autres les touristes juifs et les gens de la région, en revanche, est certainement à leur portée. Cela ne fait pour moi aucun doute.

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