Le groupe « Mordkommando » toujours pas identifié

Un groupe suisse d’extrême droite a menacé les juifs de mort dans ses chansons, qu’il a chargées sur YouTube. Les paroles nomment explicitement des personnalités de la société civile, dont le président de la Fédération suisse des communautés israélites FSCI Herbert Winter. Alors que la FSCI, ainsi que d’autres personnes ou institutions, avaient porté plainte, on apprend maintenant que le Ministère public zurichois a été contraint, fin 2018, de classer la procédure.

Les personnes agissant sous couvert du groupe Mordkommando n’ont toujours pas été identifiées et n’ont donc pas eu à répondre de leurs actes. Les recherches se sont focalisées sur la plateforme YouTube et le compte à partir duquel leurs chansons ont été chargées. Pour accéder à l’adresse IP du compte, le Ministère public zurichois a adressé au ministère US de la justice une demande de commission rogatoire internationale que celui-ci a rejetée au motif que les textes incriminés ne contrevenaient pas à la liberté d’expression garantie par la Constitution et qu’il n’apparaissait pas, au vu de la demande des autorités suisses de poursuite pénale, que les personnes mentionnées dans les textes du groupe couraient un réel danger.

Le geste de Google

Sa demande ayant été rejetée par les autorités américaines, le Ministère public zurichois s’était déjà résigné à classer la procédure dans le courant de l’été 2017, arguant de l’impossibilité d’identifier les fautifs faute d’informations sur le compte YouTube. Ne se laissant pas décourager pour autant, la FSCI décida alors de jouer les intermédiaires entre le Ministère public zurichois et Google, l’exploitant de YouTube. À la suite de quoi le Ministère public reçut effectivement de Google l’assurance que les informations qu’il demandait lui seraient fournies moyennant une nouvelle demande formelle auprès du ministère US de la justice. Nouvelle demande que celui-ci rejeta une seconde fois en faisant valoir que seule une situation d’urgence pouvait justifier la communication volontaire des données demandées. Face au deuxième refus des autorités américaines, le Ministère public zurichois se trouva contraint d’abandonner les poursuites.

Une issue insatisfaisant de l’enquête

La FSCI a déploré le classement de la procédure dans une première prise de position. « Il est très regrettable que personne n’ait pu être cité en justice », a déclaré le secrétaire général de la FSCI Jonathan Kreutner à la NZZ. Les textes de Mordkommando sont un exemple particulièrement répugnant de la haine antisémite et homophobe ainsi qu’un appel direct à l’assassinat de plusieurs personnes, a-t-il dit en qualifiant la décision des autorités américaines de particulièrement incompréhensible. La FSCI constate sur des plateformes telles que Facebook et Twitter une recrudescence généralisée des messages de haine antisémite, contre lesquels elle porte plainte lorsqu’ils sont de nature particulièrement grave. Il est grand temps, estime-t-elle, de réagir et de mettre des barrières aux insultes et aux discours de haine qui circulent sur les médias en ligne et les réseaux sociaux.

NZZ Online 13.2.2019 [en allemand] : «Du fühlst dich sicher, doch du bist längst im Visier» – weshalb ein Strafverfahren gegen Neonazi-Rocker trotz übelstem Judenhass gescheitert ist