La Suisse devrait adopter la définition de l’IHRA

Ces dernières semaines, un débat contradictoire a surgi sur la définition de l’antisémitisme de l’IHRA. Les soutiens de la Déclaration de Jérusalem souhaitent faire de celle-ci une alternative à la définition de l’IHRA. Dans un commentaire publié par la Tribune de Genève, le président de la FSCI, Ralph Lewin, a clairement pris position aujourd’hui en faveur de l’IHRA.

Un commentaire paru dans la Tribune de Genève le 27 avril 2021.

La définition de l’antisémitisme de l’IHRA a fait ses preuves

Par Ralph Lewin, président de la FSCI

Ce qui – oui ou non – est à considérer comme antisémite n’est pas toujours évident et peut donner matière à discussion. D’où l’importance d’une définition uniforme, rassemblant le nombre le plus grand possible d’adeptes. Sans un instrument de ce type, il est difficile de donner de l’antisémitisme une conception systématique, permettant de s’en prémunir.

C’est dans ce but qu’a été créée la définition de travail qu’en donne l’« International Holocaust Remembrance Alliance » IHRA et dont la teneur est la suivante : « L’antisémitisme est une certaine perception des juifs, pouvant s’exprimer par de la haine à leur égard. Les manifestations rhétoriques et physiques de l’antisémitisme sont dirigées contre des individus juifs ou non juifs et/ou leurs biens, contre les institutions de la communauté juive et contre les institutions religieuses juives. » Voilà qui est clair et net. À l’IHRA sont affiliés 34 pays. C’est après de longues années d’un travail auquel ont participé des sommités de la recherche sur l’antisémitisme et la Shoah que cette définition, aujourd’hui reconnue et utilisée par 22 États ainsi que plusieurs villes et organisations, a été présentée en 2016, avec les onze exemples en facilitant l’utilisation.

Les rapports sur l’antisémitisme, celui de la CICAD pour la Romandie, tout comme celui de la Fédération suisse des communautés israélites FSCI pour la Suisse alémanique, s’appuient, eux aussi, sur la définition de l’IHRA, laquelle constitue pour ce travail un outil efficace, permettant de surcroît de comparer nos résultats avec ceux d’autres pays.

Récemment a été présentée une nouvelle définition de l’antisémitisme intitulée «Jerusalem Declaration on Antisemitism» JDA, que ses auteurs qualifient de pratique, évidente et historiquement fondée. Que l’on partage ou non cet avis, le fait est que la JDA sape les succès que l’IHRA a remportés dans son combat contre l’antisémitisme et focalise sa critique sur un point unique, à savoir l’antisémitisme visant l’État d’Israël.

Contrairement à ce que prétendent certains adeptes de la JDA, la définition de l’IHRA n’interdit pas de critiquer la politique conduite par Israël. Au contraire : elle l’accepte explicitement pour autant que l’on n’impose pas à Israël des critères différant ce ceux que l’on applique aux autres pays. Ce que nous estimons être juste, tout en admettant que, étant là sur un terrain politiquement chaud, l’antisémitisme visant Israël est toujours matière à controverse. Toute définition est évidemment sujette à des interprétations politiques. Sauf que, ayant été adoptée il y a déjà plusieurs années par la majeure partie des instances, celle de l’IHRA est de plus en plus utilisée. Que gagnerait-on, dans ces conditions, à lancer un nouveau débat et à jouer une définition contre l’autre ?

Membre de l’IHRA depuis 2004, la Suisse en a assuré la présidence en 2017 et a été partie prenante à l’élaboration de sa définition de l’antisémitisme, que, néanmoins, elle n’a jamais reconnue officiellement. La communauté juive estime qu’il serait temps qu’elle franchisse le pas et prenne fait et cause pour la définition de l’IHRA. Une résolution du conseiller aux États Paul Rechsteiner exige du Conseil fédéral qu’il produise un rapport à ce sujet. Au lieu de s’enliser dans des débats et des discussions politisées, c’est avec efficacité qu’il faut combattre l’antisémitisme. Et il nous faut pour cela des outils tels que la définition de l’IHRA, grâce auxquels il nous sera possible de nous situer par rapport aux pays, aux villes et aux organisations qui l’ont déjà reconnue.

En savoir plus sur la définition de l’IHRA

FSCI News 19.9.2019, Le postulat sur la définition de l’antisémitisme de l’IHRA est adopté