La Chaux-de-Fonds

La communauté juive de La Chaux-de-Fonds, fondée en 1833, existe toujours.

La date de la fondation de la communauté (1833) marque les premières célébrations organisées pour Rosh Hashanah (Nouvel-An) et Yom Kippour (jour du Grand Pardon) dans une maison privée. La présence juive à La Chaux-de-Fonds est attestée par des sources dès 1796, mais on peut supposer que des juifs habitaient la ville dans les années 1780 déjà. C’étaient des marchands venus d’Alsace : en effet, en 1782 des commerçants de La Chaux-de-Fonds, du Locle et d’autres localités de la région demandèrent que cesse le commerce juif et que les juifs soient expulsés. Considérant que la présence des juifs était au contraire favorable au commerce, 800 habitants chrétiens eux aussi, s’opposèrent à cette revendication. En 1790, les juifs finirent par être chassés de Neuchâtel, qui était alors une principauté prussienne, mais on suppose que les juifs de La Chaux-de-Fonds ne donnèrent pas suite à cet ordre d’expulsion. En 1819, l’interdiction de séjour fut réitérée, mais elle ne fut pas non plus suivie à La Chaux-de- Fonds. Le nombre de juifs établis resta toutefois très faible jusque dans les années 1830 (environ six familles). Dès les années 1830, des juifs venus d’Alsace s’installèrent dans la petite ville comme marchands de bétail, de toiles et de montres. C’est de ces années-là que date le premier essor marquant de l’horlogerie. Les juifs établis commencèrent à acheter et à vendre des pièces de montres et entrèrent lentement dans la production par le biais du commerce.

En 1843, la petite communauté (la population juive comptait alors environ 65 personnes) demanda au gouvernement l’autorisation d’ouvrir une synagogue ; une fois celle-ci obtenue, elle installa un local de prière plus conséquent dans un appartement loué, rue Jacquet-Droz. M. J. Grünsfelder, le premier président de la communauté, prit en charge l’organisation de la vie religieuse et le rabbin Moïse Nordmann, de Hegenheim (village alsacien voisin de Bâle), assuma la direction rabbinique. (Moïse Nordmann s’occupait des communautés de Hegenheim (où il habitait et où se concentrait l’essentiel de son activité) Bâle, Berne et La Chaux-de-Fonds.

Suite à une décision du Conseil communal, les juifs purent s’établir librement à La Chaux-de- Fonds dès mai 1857. Un an plus tard, les communautés juives du canton de Neuchâtel se virent offrir la possibilité d’être reconnues comme une église officielle, une proposition que les juifs refusèrent par crainte d’une ingérence dans les affaires cultuelles et religieuses. En 1861, une crise économique frappant l’industrie horlogère entraîna des émeutes antisémites, qui incitèrent une série de membres de la communauté à quitter la localité.

La communauté se renforça néanmoins, parce que la population juive augmenta régulièrement (231 hab. en 1850 ; 283 en 1860 ; 541 en 1880) et parce que la communauté mit sur pied des organisations de bienfaisance (Société des dames, fondée en 1854, La Bienfaisante, en 1862) et des cours d’instruction religieuse (en 1860). En 1863, la communauté inaugurait la nouvelle synagogue de la rue de la Serre et en 1872, le cimetière, si bien que les morts ne devaient plus être enterrés à Hegenheim.

Durant ces années de consolidation de la communauté, la situation sociale et économique des juifs établis se modifia également ; ce changement était étroitement lié au développement et à l’urbanisation de la ville. La Chaux-de-Fonds devint un des principaux centres mondiaux de l’horlogerie du XIXe siècle. Les juifs qui étaient arrivés comme commerçants se mirent à produire des montres ; l’essor de la ville, auquel ils contribuèrent, permit la transformation de quelques-uns de leurs petits ateliers en entreprises florissantes avec usines. Ce succès attira d’autres coreligionnaires, si bien que la communauté compta plus de 900 personnes vers 1900.

La synagogue construite en 1863 ne suffit bientôt plus aux besoins de la communauté ; en 1883, un architecte fut chargé de dessiner les plans d’un nouvel édifice religieux. Des incidents antisémites survenus en 1885 empêchèrent cette construction, et ce n’est qu’en 1896 que la nouvelle synagogue de la rue du Parc (qui existe toujours) fut inaugurée en grande pompe en présence de nombreux invités d’honneur, de la sphère politique et cultuelle. Un nouveau rabbin en la personne de Jules Wolff avait été élu en 1888 déjà, car le rabbin de Hegenheim ne suffisait plus à la communauté.

Le début du XXe siècle se caractérise par le développement d’entreprises horlogères : quelques horlogers juifs devinrent célèbres dans le monde entier avec leurs inventions, d’autres s’engagèrent beaucoup dans la vie culturelle et sportive de la ville. La prise du pouvoir national-socialiste en Allemagne inquiéta beaucoup la communauté ; après le début de la guerre, d’importantes sommes d’argent furent récoltées à plusieurs reprises pour soutenir les réfugiés. Mais tous les membres de la communauté n’avaient pas demandé la nationalité suisse, et quelques-uns se trouvèrent en danger. C’est ainsi qu’une personne au moins ne put revenir de France qu’en franchissant la frontière de manière « illégale » et fut brièvement internée dans un camp suisse.

Dès le milieu du XXe siècle, la taille de la communauté s’amenuisa. La grande crise de l’industrie horlogère suisse (1970-1985) entraîna la disparition de nombreuses firmes réputées. Aujourd’hui, la communauté juive de La Chaux-de-Fonds compte encore environ 100 membres.

Stefanie Mahrer, Enable JavaScript to view protected content.

Références

Jean-Marc Barrelet, « Antisémitisme et révolte ouvrière. L'émeute Bieler à la Chaux-de-Fonds en 1861 », in Musée Neuchâtelois, no. 1, 1983, p. 97-118. André R. Weil et Communauté israélite (La Chaux-de-Fonds), Communauté israélite de La Chaux-de- Fonds, cent-cinquantième anniversaire, 1833-1983, La Chaux-de-Fonds 1983.

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