Les rapports entre la FSCI et Paul Grüninger

Dernière mise à jour : 22 janvier 2016

Ce n’est que plusieurs décennies après sa mort que le commandant de police Paul Grüninger, qui a sauvé de nombreux juifs, a été réhabilité par la Suisse officielle. Le comportement de la FSCI vis-à-vis à Grüninger après la Seconde Guerre mondiale n’a rien de glorieux non plus.

Entre 1938 et 1939, Paul Grüninger a sauvé plusieurs centaines, voire même plusieurs milliers de juifs de la persécution par les Nazis. Il leur fournissait de faux papiers pour leur permettre d’immigrer en Suisse. En 1939, ces actions lui valurent la suspension de son poste de commandant de police de la ville de St. Gall. Il fut frappé d’une peine pécuniaire pour manquement à ses obligations de surveillance, perdit ses droits à la retraite, ne retrouva plus d’emploi permanent – il était ruiné du point de vue financier. Il a fallu attendre plusieurs décennies après le décès de Grüninger avant que la Suisse officielle n’honore ses actes courageux et ne le réhabilitât. Toutefois, les milieux politiques suisses ne sont pas les seuls à avoir adopté un comportement peu glorieux à l’égard de Paul Grüninger. La FSCI elle-même semble avoir joué un rôle douteux face à Grüninger, dans ses démarches auprès des autorités, dans le contexte politique et surtout aussi du point de vue humain.

D’une part, le reproche plane que la FSCI aurait dénoncé Grüninger ou plutôt attiré l’attention du chef de la police des étrangers, Heinrich Rothmund, sur ses activités. Selon ce reproche, la FSCI aurait cherché par ce biais à empêcher que des réfugiés juifs, dont les juifs de Suisse devaient assumer, dans une large mesure, la responsabilité financière, n’arrivent en Suisse en plus grand nombre. D’autre part, la FSCI, pendant des décennies, n’a pas défendu Grüninger, une fois que la guerre était terminée. Elle n’a pratiquement pas soutenu Grüninger, qui se retrouvait sans moyens, et ne s’occupa pas de lui.

Etat des lieux de la recherche

En novembre 2014, la FSCI avait mandaté l’historien Stefan Keller d’effectuer une étude préalable sur les connaissances et les sources dont nous disposons pour éclairer les rapports entre la FSCI et Paul Grüninger[1]. Cette étude préalable devait non seulement donner un aperçu de l’état actuel de la recherche, mais aussi déterminer s’il serait utile de poursuivre de plus amples recherches. Dans son étude, Keller conclut que les recherches sur Grüninger sont assez complètes, aussi sur les rapports entre Grüninger et la FSCI. Par contre, Keller relève le problème que la FSCI a peu perçu et reconnu les résultats existants des recherches.

Il s’avère que les rumeurs selon lesquelles la FSCI aurait dénoncé Grüninger en 1939 auprès du Département fédéral de justice et de police n’ont pas pu être clairement prouvées – pourtant, le rôle que la FSCI a joué dans ce contexte reste douteux, et une telle dénonciation n’est pas improbable. Toutefois, Keller et l'historien Stefan Mächler[2] soulignent que les autorités auraient eu connaissance des activités de Grüninger même sans dénonciation hypothétique de la part de la FSCI. Force est de constater : même si, à l’époque, les juifs de Suisse étaient soumis à une énorme pression financière et politique, une dénonciation de Grüninger par la FSCI resterait inexcusable.

En ce qui concerne la période après la Seconde Guerre mondiale, la situation est claire : la FSCI n’a pratiquement pas soutenu Grüninger, ni sur le plan financier, ni sur le plan social. Il y a eu de très petits gestes de reconnaissance isolés, complètement insuffisants. Ainsi, la FSCI a remis à Grüninger en 1969, pour son 80e anniversaire, un bouquet de fleurs et 1000 francs. Plus tard, la FSCI voulait lui payer un voyage vers le mémorial de l’holocauste Yad Vashem en Israël, mais Grüninger ne put plus entreprendre ce voyage pour des raisons de santé. Au cours des années 1990, plus de vingt ans après sa mort, la FSCI inscrivit Grüninger dans son livre d’or, qui honore les personnalités qui ont fait preuve d’un engagement extraordinaire en faveur des juifs. Elle a aussi plaidé pour la réhabilitation juridique de Grüninger, mais il faut ajouter qu’outre membre du Conseil national Paul Rechsteiner, c’est davantage le VSJF que la FSCI qui a fait avancer ce projet. En tout et pour tout, on peut dire clairement que la FSCI s’est montrée trop peu reconnaissante vis-à-vis de Paul Grüninger. La FSCI a manqué d’honorer Grüninger de façon appropriée pour ses actes courageux et elle a omis d’apporter un soutien financier adéquat à Grüninger, qui n’a plus jamais retrouvé d’emploi fixe après avoir perdu son poste de commandant de police.

Conclusion :

Aujourd’hui, la FSCI regrette beaucoup tous ses manquements face à Paul Grüninger. Le président actuel de la FSCI, Herbert Winter, s’est excusé personnellement et au nom de la FSCI auprès de la fille de Paul Grüninger, Ruth Roduner. Il a également présenté ses excuses de façon publique, dans les médias[3]. La FSCI a honoré les mérites de Paul Grüninger en versant une rente à Ruth Roduner depuis fin 2014, par sa fondation Memorial. La FSCI continuera à faire ce qu’elle peut pour assurer que toutes les organisations juives ouvrent leurs archives au public et aux chercheurs, puisque le fait que certaines organisations juives avaient scellé pendant longtemps leurs archives avait entravé les recherches. La FSCI elle-même ne lancera pas de nouveaux projets de recherche sur les rapports entre la FSCI et Grüninger, puisque Keller a montré dans son étude que la recherche dans ce domaine ne comportait plus de lacunes significatives. Par contre, la FSCI soutiendra, dans la mesure du possible, des travaux de recherche qui lui seront proposés à ce sujet.

Bibliographie :

Bickenbach, Wulff: Gerechtigkeit für Paul Grüninger. Verurteilung und Rehabilitierung eines Schweizer Fluchthelfers (1938 – 1998). Köln 2009.

Keller Stefan: Grüningers Fall. Geschichten von Flucht und Hilfe. 5. Auflage. Zürich 2013.

Ders.: Die Beziehungen zwischen SIG und Paul Grüninger. Vorstudie zur Wissens- und Quellenlage. Unveröffentlichte Studie. Zürich 2015.

Mächler Stefan: Hilfe und Ohnmacht. Der Schweizerische Israelitische Gemeindebund und die nationalsozialistische Verfolgung. Zürich 2005.

Zweig, Hanna: Saly Mayer 1882 – 1950. Ein Retter jüdischen Lebens während des Holocaust. Köln 2007.


Patrick Studer, Enable JavaScript to view protected content.

Rechtlicher Hinweis

Dieses Factsheet darf gesamthaft oder auszugsweise mit dem Hinweis «SIG Factsheet» zitiert werden.


[1] Keller: Stefan: Die Beziehungen zwischen SIG und Paul Grüninger. Vorstudie zur Wissens- und Quellenlage. Zurich 2015.

[2] Mächler, Stefan: Hilfe und Ohnmacht. Der Schweizerische Israelitische Gemeindebund und die nationalsozialistische Verfolgung 1939 – 1945. Zurich 2005.

[3] Winter, Herbert: Wiederkehrende Debatten. Paru dans le magazine Tachles le 21 février 2014; « Grüningers Erbe ». Documentaire de la télévision suisse diffusé le 19 octobre 2014.

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