Droit de la communauté juive à être protégée – une étape décisive est franchie

Par Herbert Winter, président de la FSCI

Après des années d’un travail intense, nous pouvons enfin nous féliciter d’avoir franchi une étape importante : mercredi, le Conseil fédéral a décidé de prendre à sa charge une partie des frais de sécurité assumés par les minorités particulièrement menacées, suivant en cela les recommandations du groupe de travail « Protection des minorités ayant des besoins de protection particuliers ». Ce groupe se composait de représentantes et représentants de diverses instances fédérales, cantonales et communales, de la Fédération suisse des communautés israélites FSCI, agissant aussi pour la Plateforme des Juifs Libéraux de Suisse PLJS, ainsi que de la Fédération d’organisations islamiques de Suisse FOIS.

L’État a le devoir de protéger ses citoyennes et citoyens. En ce qui concerne la communauté juive, ce principe n’a été qu’insuffisamment appliqué jusqu’à présent et, globalement, nous avons dû financer nous-mêmes nos propres mesures de sécurité. « Les juifs veulent de l’argent – une fois de plus », entend-on dire, souvent à mots couverts. Il est évident que nous dépendons d’une aide financière car les communautés ne peuvent plus assumer seules le poids de ces mesures ! Mais la discussion ne doit pas se limiter aux aspects financiers. La question première et primordiale est notre sécurité, à nous juifs et citoyens de ce pays.

La Confédération n’a pas seulement commencé à réfléchir au financement des dispositifs de sécurité des minorités menacées, elle prend enfin des mesures concrètes. Dès 2019, les mesures de sécurité adoptées par les minorités concernées seront financées par la Confédération à raison de 500 000 francs par an. Sont concernés dans un premier temps les projets d’information, de sensibilisation et de formation. Certes ces mesures ne compenseront qu‘une partie de la charge financière des communautés juives, mais on peut s‘attendre ä un allègement non négligeable. Dans un deuxième temps, une autre solution sera à l’étude : en étroite collaboration avec les cantons, une nouvelle loi devrait être élaborée, qui doit permettre à la Confédération de financer des mesures de sécurité actives et passives.Par ailleurs, il s’agira d’améliorer la coordination et les échanges d’information entre les services de sécurité à tous les niveaux et les minorités menacées. Le Conseil fédéral est maintenant sur la bonne voie.

Il n’y a même pas deux ans, les autorités fédérales ont reconnu que la communauté juive était exposée à un risque potentiel grandissant et qu’elle avait un plus grand besoin de protection. Toutefois, dans son rapport, la Confédération recommandait aux communautés juives de créer leur propre fondation pour financer les frais de sécurité, un conseil qui, à l’époque, a soulevé avec raison l’indignation, dans la communauté juive, mais également dans le reste de la population. De plus, la Confédération était d’avis que la protection des installations et des institutions juives relevait de la seule responsabilité des cantons. Par la suite, nous avons pu observer qu’au cours des débats sur le financement des dispositifs de sécurité, la Confédération, les cantons et les villes ont souvent cherché à se renvoyer mutuellement la responsabilité et que personne ne semblait prêt à donner l’exemple. Cette situation a conduit à des débats publics houleux qui ont fini par faire bouger les choses au niveau de la Confédération : c’est alors que le groupe de travail « Protection des minorités ayant des besoins spéciaux» a été mis en place. Nous avons lancé le dialogue – un dialogue constructif avec de nombreux partenaires qui a permis aux participants de mieux comprendre la situation des minorités concernées.

En particulier, l’adoption à l’unanimité, par le Conseil national et le Conseil des États, de la motion du conseiller aux États Daniel Jositsch a clairement démontré que le soutien fédéral aux dispositifs de sécurité des minorités menacées jouissait d’un large consensus dans le monde politique.

La réflexion intense conduite au niveau fédéral a eu des répercussions sur les cantons. C‘est ainsi que nous avons perçu certaines avancées réjouissantes dans les cantons de Zurich et Bâle-Ville, qui nous rendent prudemment optimistes. Elles ne suffisent pas cependant et c’est à ce niveau qu’il nous faut poursuivre le processus politique. La garantie de soutien de la Confédération n’aura les effets escomptés que si les cantons sont déterminés à prendre leur part de ces mesures. Nous attendons donc des cantons qu’ils accompagnent ce long processus législatif et qu’au besoin, ils adaptent leur législation. Car enfin, c’est au niveau cantonal que nous verrons si on est vraiment prêt à assurer la sécurité des minorités menacées.

Nous avons beaucoup exigé, avons persisté avec acharnement et ne nous sommes pas laissé détourner de nos objectifs. Notre fermeté a été récompensée. Pourtant ce succès n’aurait pas été possible si le Conseil fédéral, le DFJP et les autres autorités fédérales impliquées n’avaient surmonté leur scepticisme initial et participé de façon constructive à l’élaboration de solutions. Les résultats aujourd’hui présentés constituent un très bon début et ont surtout une énorme valeur symbolique.

Toutefois notre travail n’en est pas encore terminé, bien au contraire, il reste encore beaucoup à faire. Nous entamons une nouvelle phase dans laquelle nous continuerons à nous engager pour une bonne solution de longue durée. Mieux encore : nous devons parvenir à ce que les juifs ne soient plus perçus comme des quémandeurs d’aides financières. Il faut que le grand public prenne conscience que nous avons le droit d’être protégés, au même titre que tous les citoyens et citoyennes de ce pays. C’est une question qui ne nous concerne pas seulement, nous les juifs, mais qui nous concerne tous. Car il en va des valeurs de notre société et de la question de savoir comment elle souhaite se comporter vis-à-vis des minorités.

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